Certes, si j'avais voulu être un temps soit peu réaliste, pour illustrer ce billet, à la place de l'entonnoir, j'aurais plutôt mis une photo de casserole. Une grosse, comme le gouvernement sait en faire, en la forgeant à coups de marteau.
Avant de se plonger dans la probabilité de se faire coincer par l'Hadopi, et donc d'avoir l'opportunité juridique de la démonter, un petit rappel de son fonctionnement :
Grâce à cette sublime loi, des sociétés privées peuvent se permettre, en toute légalité, de surveiller les réseaux P2P. Elles ont ensuite le droit de faire des PV pour toute infraction supposée qu'elles pensent observer sur ces réseaux. Et, chose amusante, plus elles font de constats, mieux elles sont rémunérées.
Bizarrement, dans d'autres pays qui ont le culot d'être plus démocratique que la France, on confie ce type de service à la police. Quel Culot !
Une fois l'IP flashée, celle-ci horodatée est envoyée à notre chère Haute Autorité ultra indépendante qu'est l'Hadopi.
L'Hadopi trie les IP qu'elle veut identifier à son bon vouloir (grosso modo, au pifomètre), puis demande aux FAI concernés de leur donner l'identités des supposés téléchargeur terroristes.
L'Hadopi re-trie encore un peu pour sélectionner ceux qui ont un nom de famille qu'elle aime pas, et aussi pour écarter les entreprises, les universités, etc etc... Puis envoie son premier mail aux heureux élus.
Si elle ne le fait pas au bout de 2 mois, les IP et leur identité associée se doivent d'être supprimées du fichier Hadopi. Du moins, c'est la loi.
Puis vos coordonnées sont stockées sur une période de 6 mois, si votre IP n'a pas été flashée à nouveau dans ce laps de temps, Hop, nouvelle suppression du dossier. Sinon, second mail voire lettre recommandée (toujours à son bon vouloir). Et dans ce cas le condamné à mort subit une nouvelle période d'attente, une période d'un an.
Oui, un an et demi de fichage, pour un présumé (*rire*) coupable dont l'IP a été flashée (donnée hautement fiable...), c'est long. Très long.
Seuls les fichiers FNAEG, STIC, Edvige et compagnie font mieux.
Place aux hypothèses retenues :
- Vous télécharger et/ou uploadez tous les jours, sans relâche. Et en cas d'avertissement, vous ne relâchez pas le rythme. Même pas peur !
- Selon les diverses études sur le sujet, un tiers des abonnés à Internet sont des vilains pirates / terroristes / pédophiles. Soit avec grosso modo 21 millions d'abonnements Internet en France, cela fait donc 7 Millions de sérial killers de la culture Universale.
- A chaque fois, vous vous refaites choper la veille du jour de la suppression de votre dossier Hadopi. Ce qui statistiquement est le plus favorable à l'Hadopi. Les résultats trouvés seraient bien plus élevés si ce n'était pas le cas.
- Il y a un total de 7 000 demandes d'identifications d'IP par jour ouvré aux gros FAI français. (Simple règle de trois pour calculer les demandes de Numéricable et pour faire les totaux)
- l'Hadopi envoie 2 000 menaces par mail et par jour ouvré.
Sur une période d'un an, vous aurez ainsi 1 chance sur 4,17 d'atterrir dans le fichier Hadopi.
(7 000 * 5 jours * 4 semaines * 12 mois) / 7 000 000 de téléchargeurs. = 1 / 4,17
Vous aurez une chance sur 14,5 de recevoir le 1er mail d'Hadopi.
4,17 * 7 000 / 2 000 = 14,58
Vous aurez une chance sur 425 de recevoir la seconde menace et sa lettre recommandée. Pour faire bien flipper dans les foyers.
14,58 * 14,58 * 2 (car délai de 6 mois, donc 2 fois plus court que la période d'un an) = 425,34
Et enfin,
425,34 * 14,58 = 6202...
vous aurez une chance sur 6 200, oui oui, rien que ça, de voir votre dossier transmit au parquet. Et donc très probablement de vous voir interdit d'Internet, pourtant jugé essentiel à la conservation d'une société démocratique par le Conseil Constitutionnel.
Voire à la Création / Construction d'une société démocratique comme en témoigne les révolutions actuelles dans les pays Arabes.
Hadopi eusse été "efficace" (dans le sens : beaucoup de condamnations), s'il elle n'avait été bâtie sur un château de cartes lui même reposant sur une barque au fond troué, et si elle n'agissait en strates, ce qui multiplie ses chances d'être totalement inefficace dans le but recherché.
Seulement ce n'était pas le choix du législateur.
Le but était seulement de faire peur à des millions d'internautes, dont une bonne partie totalement innocents, en les menaçant de poursuites judiciaires ET d'une coupure de leur connexion Internet. Autrement dit, une interdiction de s'exprimer publiquement, une interdiction de s'informer, d'organiser sa vie, de chercher du travail, de consommer... de tout.
Mais... Même pas peur !